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dimanche 19 décembre 2021

Le présent

 

Il n'y a jamais rien de similaire ni de répétition dans l’existence. C'est nous qui projetons sur le présent les images et sensation du passé, puis traduisons le présent en fonction de cela. Ceci constitue le filtre de la conscience. Mais la vie est toujours neuve.

 Lorsque nous ne vivons plus que dans l'image et le passé, la vie finit par nous quitter, car nous sommes cristallisés, nous passons à côté des choses, nous interprétons tout, et notre comportement n'est plus adapté au réel. C'est un cas extrême, mais cette réalité est plus ou moins présente chez tout le monde. Cela n'est pas propre à quelques individus, c'est une condition de la nature humaine, quelle que soit notre situation, et presque personne n'en est libre intérieurement parlant.

Jean-Michel Jutge

mardi 23 novembre 2021

Tout individu...



 Tout individu voit l'univers à partir de son propre centre, ce qu'il est, sa propre sensibilité, sa propre conscience, son identité, ses idées et projections etc. Et on ne voit pas, ou très peu, ce qui fait partie de l'autre, car tout cela forme un filtre. Sauf dans l'amour, où nous devenons l'autre pour ce qu'il est dans l'instant. 

Et même là encore, il faut relativiser, car on ne peut jamais connaître l'autre complètement, qui est un être vivant et donc évolue à chaque instant. Et donc il faut commencer par soi, voir comment tout cela fonctionne dans notre relation avec les choses, les autres et l’univers, sans jugement, sans à priori, pour la joie de découvrir et se découvrir, et la liberté qui en découle.

Jean-Michel Jutge

dimanche 10 octobre 2021

La nature de l'ego

 


Pour comprendre la nature de l'ego, il est d'abord nécessaire de l'extraire de tout contexte particulier, puis de voir simplement son mode d‘expression et sa structure générale.

L'ego fait partie du mécanisme de la conscience. Il se construit à travers l'image et l'expérience, il est au sommet de la personnalité, et sa base est de nature psychoaffective. Entre cette base et ce sommet se trouve tous les éléments de notre personnalité. Il est donc impossible de critiquer ou de juger l'ego sans se juger soi-même. Car ce mécanisme est inhérent à ce qu'est la nature humaine. Il faut donc le comprendre pour en être libre, et c'est tout le travail de connaissance de soi.

Après, que cet ego se projette dans nos activités, et que celles-ci soient d'ordre sociale, personnel, spirituel, matériel ou autre, ce ne sont que des particularités liées à nos choix de vie qui révèlent simplement les situations où nous nous impliquons personnellement et auxquelles nous nous attachons. Se libérer de tout cela nécessite donc de comprendre toute cette nature psychoaffective, celle de nos attachements, comprendre ce qu'est la liberté et l'amour etc. Ce qui est tout un programme et présente de nombreuses difficultés, beaucoup de vigilance, de la sincérité, et une démarche authentique d'intégration de soi. Ne pas simplement chercher à se faire plaisir et contrôler.

Jean-Michel Jutge

      

samedi 4 septembre 2021

Le mensonge

 


Nos mensonges inconscients, ce sont d’abord les histoires que l’on se raconte en les prenant pour la vérité. Elles prennent parfois une forme très particulière, cela commence d’abord avec un mensonge conscient ou par l’acceptation d’une distorsion dans le vrai, et puis on cherche des arguments pour le justifier, ensuite on finit par se convaincre que cela a de la valeur et on crée un système qui en fera une vérité. 

A la fin on a oublié la manière dont tout cela s’est construit et ça devient une vérité admise, revendiquée, un système, voire une autorité. Et c’est comme cela que la société éduque ses enfants dans toutes sortes de mensonges et de comportements devenus la norme et qui sont en général acceptés sans grande réflexion, et sans même l’idée qu’il y a quelque chose à remettre en question. C’est ce qu’on appelle le conditionnement, qu’il soit culturel, social, religieux ou autre, cela revient au même. Et même celui qui réagit contre tout cela, ne fait que répondre à un conditionnement.

Pour mettre à jour le conditionnement, cela commence par la connaissance de soi et celle des mécanismes de la conscience. Mais aussi faire le choix d’une vie juste et intègre, au-delà des intérêts personnels, ce qui n’est pas simple ni évident pour la plupart, mais la seule réponse possible face à l’état de la nature humaine. Ne pas faire ce choix, c’est quelque part contribuer au mensonge global. On voit dans ce fait, qui n’est qu’un élément parmi tant d’autre, toute la difficulté qu’il y a à se changer, et à vouloir faire évoluer ce monde.


Le mensonge volontaire a souvent une cause, la peur, l’intérêt, le désir, l’exploitation, la jalousie etc. d’autre fois non, il peut être pur réflexe, comme un conditionnement, un idéal, une nécessité sans logique, ou même inconscient.

Face à un mensonge qui nous implique, il faut d’abord en comprendre la cause ou l’origine. Et en fonction de cela trouver l’attitude adéquate. Mais chaque situation est différente, et n’appelle pas forcement la même réponse.

De manière générale, il faut faire comprendre que le mensonge, l’isolement, la fermeture, le refoulement, l’égoïsme, la violence, tout ce qui détruit la conscience et l’amour, ne sont pas la solution. Pourtant toute notre société est construite sur ces comportements. On exalte l’image, le profit, le matérialisme, la compétition, l’individualisme etc. Et chacun cherche à avoir sa place au soleil. Mais si nous nous sentons liés à tous les êtres humains, on commence à se pencher sur les vrais problèmes, où qu’ils soient, et trouver des solutions qui soient humaines. Rien n’est facile ni simple, mais chacun avec ses compétences peut agir là où il se trouve, à son propre niveau. 

Et parce que l’on choisira plutôt l’honnêteté, le service, les actes intelligents et créatifs, l’entraide, etc. alors cela aura un impact sur le tout qui peut-être, à un moment donné, fera basculer le monde et la société vers autre chose. Nous en sommes loin, mais il faut voir que notre particularisme individuel n’est pas séparé du tout. Notre petite vie personnelle a des répercussions sur la vie de tous. Et le peu que nous ferons, pour remettre de l’ordre dans notre vie et nos relations, sera toujours mieux que de ne rien faire.

Jean-Michel Jutge

mercredi 28 juillet 2021

Liberté et conditionnement

 

La liberté est-elle quelque chose qui s’atteint ? La réponse est assez paradoxale. D’un côté il y a le conditionnement, auquel nous nous identifions, et qui agit dans notre vie et sur notre état intérieur de différentes manières. Alors bien-sûr il est nécessaire de comprendre tout ce conditionnement, s’en libérer afin de remettre l’énergie et la vie en circulation, afin de pouvoir aborder l’existence sans toutes les projections qui en sont issues et qui orientent fatalement notre perception, notre conscience, et la manière dont nous vivons les choses. 

Mais si on ne s’appuie que là-dessus, on risque fort de n’en voir jamais le bout, car notre conditionnement personnel est lié au conditionnement de l’humanité, qui est lui-même lié à toutes les sphères occultes de la planète, qui sont elle-même liées à toute l’histoire de l’univers etc. ce qui voudrait dire que la liberté complète ne sera là que lorsqu’on aura résolu toutes les problématiques personnelles, celle des autres, du monde et de l’existence totale …. Je ne dis pas que c’est impossible, mais de fait personne ne l’a encore réalisé, car sinon l’être humain lui-même ne serait pas là où il est actuellement. Concernant la liberté, il faut donc envisager une autre piste que celle du déconditionnement, c’est celle de la désidentification de l’esprit. L’esprit est identifié, au moi, à la personnalité, au corps, aux sensations, aux émotions, à la pensée etc. et bien entendu à toute la structure interne formant notre conditionnement. 

Cette identification est le vrai problème. Car d’une part, il n’y a pas besoin de temps ni de travail particulier pour sortir de l’identification. Et il est certain que cela arrive parfois. Mais ces moments de plénitude sont toujours récupéré par l’esprit, dès qu’ils apparaissent, la pensée cherche à leur donner continuité, et nous revoilà dans le temps et l’identification. Mais l’esprit est libre par nature, il s’agit simplement de voir les mécanismes de l’identification, du temps intérieur, de la projection, de la poursuite du moi, tout le fonctionnement de base de l’esprit, de la pensée et de la conscience, pour se rendre compte que finalement nous pouvons être libre à chaque instant, libre de notre passé ou de ce que nous projetons, comme nous pouvons aussi nous y identifier. 

Le mensonge ici consiste à se faire croire que ce n’est pas possible, ou qu’il y a un intérêt à rester identifié, qu’on risque de perdre quelque chose, que c’est trop difficile à atteindre - alors même qu’il n’y a rien à atteindre - ou je ne sais quoi d’autre. Il faut certes beaucoup de sérieux pour se pencher sur ces questions, sérieux veut dire qu’on ne cherche pas à nourrir le moi. Mais c’est à la portée de tous, l’esprit est déjà libre par nature.

Jean-Michel Jutge


samedi 23 janvier 2021

Réalisation du soi

Qu’appelle-t-on la réalisation du soi ? Car ce mot a plusieurs significations selon à quoi les auteurs se réfèrent. Certains en parlant du Soi parlent de Dieu, d’autres de la conscience dans son aspect universel, d’autres encore de la conscience individuelle, personnelle, ou bien encore de l’âme, du moi etc. Donc à quoi se réfère-t-on lorsqu’on parle du soi ?

Toute forme de réalisation, au moment où elle est vécu, est accompagnée de fortes énergies, émotions, découvertes, prises de conscience etc. avec toujours une ouverture de la sensibilité dans une certaine direction, c’est chose naturelle. Parce que le moment est neuf, la vie est alors intense. Mais il faut différentier l’intensité de cet instant, de l’ouverture produite. L’ouverture avec le temps reste mais peut perdre de son intensité de vie, car elle s’intègre, elle finit par faire partie de nous, nous la vivons alors naturellement. 

Mais cela ne présume pas qu’il ne puisse y avoir d’autres réalisations et ouvertures, d’autres découvertes qui créent d’autres intensités de vie, émotions ou énergies. En fait il ne faut s’attacher à rien, la vie est un renouvellement perpétuel. A travers elle nous découvrons, nous grandissons, et si nous allons toujours de l’avant, sans nous arrêter à rien mais en mesurant tout de même chaque fois toute la portée de nos réalisations, alors notre route est parsemée de réalisations diverses, apportées par la vie elle-même et le Divin, jusqu’à ce que l’intensité elle-même devienne naturelle et que l’expansion soit permanente. Pour cela le soi lui-même doit avoir disparu, mais tout dépends de ce que nous appelons le soi.

Jean Michel Jutge


mercredi 11 novembre 2020

Multiple possibilités d'évolution

 

Les possibilités de développement intérieur sont multiples. L’homme, depuis qu’il reçut une âme puis a chuté de son statut divin, a exploré de multiples possibilités d’évolution, souvent alimentées, nourries ou révélées par de grands prophètes, avatars ou missionnés divins. Ou tout simplement des êtres éveillés tel l’a été le Bouddha. Toutes ces possibilités de développement présentent parfois des points communs, d’autres fois de grandes différences, qui se mélangent en diverses proportions. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’il n’y a pas un axe unique d’évolution. Ce qui est offert à l’homme est multiple, et les possibilités de réalisation sont multiples, avec toutes leurs caractéristiques. Il est pratiquement impossible dans une vie d’homme de pouvoir aborder tout ce qui existe dans ce domaine. Aussi la tendance est de se spécialiser dans une direction particulière, vers une réalisation particulière, et à partir de celle-ci, éventuellement explorer les autres domaines, sachant que cette exploration est sans limite. Car le Divin peut toujours ouvrir à l’homme de nouvelles possibilités d’évolution.

Parmi toutes ces possibilités il s’en trouvent certaines qui sont rattachées à la croissance de l’âme, comme les voies christiques par exemple, d’autres qui sont liées à la nature de l’esprit, telles les démarches bouddhistes, ou de la conscience, telles les voies de la réalisation du soi. Mais toutes ces voies sont très différentes les unes des autres, ne donnent pas le même résultat, et ne concernent pas les mêmes parties de soi dans leurs développement. Et souvent nous les confondons, faisant des amalgames d’où il est difficile d’extraire une compréhension cohérente, ou même créant un système de compréhension pour unifier les contradictions, mais qui n’a plus rien à voir avec la réalité des choses. La confusion vient du fait que peu d’individus ont réalisé la grande unité de l’existence, et l’on se focalise en général sur l’un ou l’autre de ces mouvements. 

Globalement ceux qui se rattachent à Dieu et à la croissance de l’âme parlent plutôt d’action, qui est l’action de l’âme, il faut bien le comprendre. Car Dieu nous envoie toujours vers le monde, et l’âme se sauve aussi en sauvant les autres. Alors que ceux qui se rattachent à l’éveil de l’esprit parlent plutôt de contemplation et du non agir, qui est la non action de l’ego, il faut bien le comprendre. Ce chemin est issu principalement du bouddhisme mais pas seulement. Mais les deux ne sont pas contradictoires, ils se complètent même harmonieusement, car l’action de l’âme n’est jamais aussi efficace que quand l’ego se tait. Et l’esprit n’est jamais autant lucide que lorsque Dieu nourrit l’âme à travers l’action. 

Les deux mouvements pour une mutation accélérée sont indispensables l’un à l’autre. Quant à la réalisation du soi, elle contredit l’extinction du soi qui a lieu dans les voies bouddhistes ou même christique. Pourtant toutes ces choses ont un sens et se complètent parfaitement. Ce sens ne peut être découvert et compris dans son essence que dans l’expérimentation, et c’est encore dans l’expérimentation que l’on peut créer la grande unité de la Vie et des multiples possibilité qui s’offrent à l’humain. L’approche intellectuelle, idéaliste, ou simplement métaphysique ne peuvent suffire sans une profonde expérimentation.

Jean-Michel Jutge


mardi 13 octobre 2020

La sensibilité

 

Le monde qu'a construit l'homme n'est pas fait pour des êtres sensibles. Nous parlons de cette sensibilité qui donne accès aux réalités transcendantes de ce monde, mais aussi immanentes. Ce monde a été construit et développé par des êtres pour qui la sensibilité est une donnée inexistante. Les personnes sensibles en sont bien souvent les premières victimes. Au milieu de celui-ci, il est déjà difficile pour quiconque de se développer de manière équilibré et créative, alors que dire de ceux qui portent une telle ouverture. L'Eveil de l’esprit est aussi l'ouverture de cette sensibilité au monde, sans restriction, dans la vulnérabilité.

 La première des choses lorsque se produit cet éveil est d’apprendre à accepter cette vulnérabilité, de savoir se situer dans notre rapport aux autres, pouvoir écouter tout le monde, mais apprendre aussi à voir par soi-même. Ce qui est la garantie d'un équilibre. Par exemple si je vous dis une chose, et que cela vous parait judicieux, exact, de bon sens, ce sera vous qui l'aurez-vu et cela vous appartiendra. Mais si vous l'acceptez parce que vous me donnez de l'autorité, sans le voir, cela vous décentrera de vous-même et n'apportera que confusion, même si ce qui est dit est vrai. Je ne sais pas si vous comprenez.

Ce que l'on découvre et voit par soi-même est plus important que tous les bons conseils qu'on pourrait suivre, car alors vous vous construisez dans l'intelligence, le bon sens, la perception du vrai et des faits, les actes qui en découlent sont sains. Alors qu'importe que l’on ne comprenne pas tout d'un coup. Dans l'ouverture tout finira par venir, tout ce dont on a besoin. Et cela n’empêchera pas de communiquer et de partager avec qui que ce soit qui est prêt à vous entendre et à partager avec vous. Et dans ce cas-là, il y a vraiment relation.

Jean-Michel Jutge

mardi 26 mai 2020

Environnement et Libération



J’ai bien conscience que l’environnement humain ne favorise pas un travail de libération. Car toute la structure humaine, le mouvement social, pousse en sens contraire. Pourtant c’est au milieu de cela qu’il faut agir, et qu’il faut faire. Et plus on avance, plus on devient sensible à ce décalage, entre notre démarche, et la tendance commune. Le réflexe qui nait est alors le protectionnisme, et parfois l’isolement. 

Mais le protectionnisme et l’isolement ne font que contribuer à maintenir la tension interne. Il faut comprendre que ce n’est pas la solution, même face à la peur. Et donc apprendre à accepter cette vulnérabilité est nécessaire. Le monde est brutal, blessant. L’amour, la compassion, la compréhension par l’autre, auxquels chacun aspire légitimement font souvent défaut. 

Mais c’est aussi au milieu de cela que l’on avance, et si on ne peut apprendre à l’autre à être différent, nous pouvons essayer d’être par l’exemple et commencer à aimer soi-même, ce qui veut dire là aussi accepter la vulnérabilité. Ce mouvement fait aussi partie de l’ouverture dont j’ai déjà parlé. Il nous faut créer ce qui fait défaut à la nature humaine, et cela ne peut commencer que par soi .

Jean-Michel Jutge

samedi 7 mars 2020

La peur


La peur est une énergie qu'il faut apprendre à remettre en circulation. Lorsqu'elle est là il suffit de la regarder telle quelle, en tant que sensation, sans son objet, sans la fuir. Elle atteint alors un paroxysme puis disparaît, l'énergie est libre. Cela demande un peu d'apprentissage pour que ce soit efficace, car ce n'est pas une attitude naturelle face à la peur et cela ne vaut que pour les peurs psychologiques. 

Nous parlons ici de la peur que l’on projette sur l’existence, et qui nous fait perdre le contact avec la réalité. 

La peur reste le problème central de tout être humain. Aborder le problème de la peur est un élément important de toute démarche intérieure, et il est nécessaire d’apprendre à vivre avec la peur de manière à ce qu’elle ne soit plus un problème. Mais le savoir ne sert à rien si on en reste là. La prise en connaissance des choses ne constitue que l’information de départ, mais elle n’a aucun pouvoir transformateur. 

Dans cette démarche c’est l’intelligence qu’il faut développer, et la créativité face aux peurs. La connaissance doit déboucher sur des actes. Les actes à poser face à la peur nécessitent d’identifier les problèmes, connaître ses peurs, ne plus les fuir, et plonger en elles afin d’en libérer l’énergie. Mais tout ceci s’apprend, ce n’est pas inné, il faut s’y prendre petit à petit, essayer et réessayer, particulièrement dans les moments de calme et de paix, jusqu’à ce que le processus d’intégration des peurs soit naturellement installé. 

Alors la peur n’est plus synonyme de souffrance, mais d’évolution, car elle devient chaque fois un mouvement libérateur de l’énergie et de la conscience. Et cela crée l’ancrage. Chacun a l’entière liberté de se pencher ou non sur la question. Et c’est à chacun d’en apprécier ou non la pertinence.

Jean-Michel Jutge

samedi 29 décembre 2018

De multiples possibilités d'évolution

Les possibilités de développement intérieur sont multiples, et l’homme depuis qu’il reçut une âme puis a chuté de son statut divin a exploré de multiples possibilités d’évolution, souvent alimentées, nourries ou révélées par de grands prophètes, avatars ou missionnés divin, ou tout simplement des êtres éveillés tel l’a été le Bouddha. 

Toutes ces possibilités de développement présentent parfois des points communs, d’autres fois de grandes différences, qui se mélangent en diverses proportions. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’il n’y a pas un axe unique d’évolution. Ce qui est offert à l’homme est multiple, et les possibilités de réalisation sont multiples, avec toutes leurs caractéristiques. Il est pratiquement impossible dans une vie d’homme de pouvoir aborder tout ce qui existe dans ce domaine. Aussi la tendance est de se spécialiser dans une direction particulière, vers une réalisation particulière, et à partir de celle-ci, éventuellement explorer les autres domaines, sachant que cette exploration est sans limite, car le Divin peut toujours ouvrir à l’homme de nouvelles possibilités d’évolution.


Parmi toutes ces possibilités il s’en trouvent certaines qui sont rattachées à la croissance de l’âme, comme les voies christiques par exemple, d’autres qui sont lié à la nature de l’esprit, telles les démarches bouddhistes, ou de la conscience, telles les voies de la réalisation du soi. Mais toutes ces voies sont très différentes l’une de l’autre, ne donnent pas le même résultat, et ne concerne pas les mêmes parties de soi dans leurs développement. Et souvent nous les confondons, faisant des amalgames d’où il est difficile d’extraire une compréhension cohérente, ou même créant un système de compréhension pour unifier les contradictions, mais qui n’a plus rien à voir avec la réalité des choses. 



La confusion vient du fait que peu d’individus ont réalisé la grande unité de l’existence, et l’on se focalise en général sur l’un ou l’autre de ces mouvements. Globalement ceux qui se rattachent à Dieu et à la croissance de l’âme parlent plutôt d’action, qui est l’action de l’âme. Il faut bien le comprendre, car Dieu nous envoie toujours vers le monde, et l’âme se sauve aussi en sauvant les autres. Alors que ceux qui se rattachent à l’éveil de l’esprit parlent plutôt de contemplation et du non agir, qui est la non action de l’ego, il faut bien le comprendre. Ce chemin est issu principalement du bouddhisme mais pas seulement. 

Mais les deux ne sont pas contradictoires, ils se complètent même harmonieusement, car l’action de l’âme n’est jamais aussi efficace que quand l’ego se tait. Et l’esprit n’est jamais autant lucide que lorsque Dieu nourrit l’âme à travers l’action. Les deux mouvements pour une mutation accélérée sont indispensables l’un à l’autre. 

Quant à la réalisation du soi, elle contredit l’extinction du soi qui a lieu dans les voies bouddhistes ou même christique. Pourtant toutes ces choses ont un sens et se complètent parfaitement. Ce sens ne peut être découvert et compris dans son essence que dans l’expérimentation. Et c’est encore dans l’expérimentation que l’on peut créer la grande unité de la Vie et des multiples possibilités qui s’offrent à l’humain. L’approche intellectuelle, idéaliste, ou simplement métaphysique ne peuvent suffire sans une profonde expérimentation.

Jean-Michel Jutge


dimanche 2 décembre 2018

La plénitude



Sortir du temps, c’est mourir à soi-même, ce soi qui est une construction issue du temps. Mais ce n’est pas l’esprit qui meurt. C’est la construction du passé, le moi, l’identité arbitraire, auxquels s’identifie l’esprit. Cela commence par se rendre compte de ce qu’est l’identification.


Il n’y a pas de but préétabli à l’existence, qu’elle soit plénière ou de souffrance. Le fait est que l’homme est enfermé dans son esprit et ses conditionnements, tout cela le coupe de la vie.

Parfois pendant un bref moment ou une période plus ou moins longue, pour des causes diverses, on se retrouve dans une situation d’ouverture, de lâcher prise, ou même parfois de Grâce, de plaisir, de joie ou d’amour intense, où quelque chose de vivant se remet en marche. Mais tant que l’esprit n’a pas trouvé sa liberté, ces moments restent ponctuels et dépendent à la fois de circonstances extérieures et intérieures, Ils ne découlent pas de notre liberté. Il existe toutes sortes de méthodes d’ouverture, pour nous faire comprendre ce que sont les fondements de l’existence et nous sortir de l’illusion, qui n’est pas une faute morale mais un défaut structurel de notre nature.

Etre pleinement vivant, dans une vie renouvelée à chaque instant, ce devrait être la norme de l’être humain, non l’exception. Il n’y a pas de but à la vie, elle est son propre but. Demander s’il y a un but à une expérience de plénitude, ce serait comme demander pour quelqu’un qui serait tout le temps malade, s’il y a un but au fait qu’il se retrouve pendant un certain temps en bonne santé. La santé est la norme. C’est la maladie qui est un problème. Il nous faut apprendre à ne plus être malade.

L’accomplissement d’une expérience de plénitude, c’est lorsque celle-ci est complètement intégrée, qu’elle fait partie de nous au point que l’on ne s’aperçoit même plus, ou si peu qu’elle est là. Comme la santé que nous vivons naturellement.

Le vide intérieur est devenu la norme pour la plupart et c’est aussi en vivant par moment quelques instants d’harmonie que l’on s’aperçoit de l’existence de ce vide. Le problème n’est pas alors de retrouver l’harmonie, l’expérience plénière, une fois passée elle ne revient plus, mais de comprendre la nature et les causes de ce vide. Ce sera comme de régler la maladie. La plénitude de l’existence devient alors la norme pas parce qu’on l’aura cherché, mais parce que l’on aura compris les mécanismes internes de l’illusion, de la souffrance, et que l’on ne s’y frottera plus.

De toujours figer l’expérience, cela fait partie des mécanismes de l’esprit. Il n’y a ni bien ni mal à ce mécanisme, c’est un fait hérité de la survie, et on ne nous apprend pas autre chose. Chacun le fait, c’est ce qui forme la personnalité, avec au centre ce qu’on appelle l’ego. Tant que ce mécanisme n’a pas été vu dans son entier, l’esprit, et quel que soit l’apprentissage, aura toujours tendance à figer la connaissance. La connaissance, ou l’expérience, c’est la même chose. L’esprit libre n’a pas de référence, mais il est disponible pour voir le vrai.

J’en viens donc au temps. Si nous voulons vivre l’esprit libre, non identifié au passé, au présent ou au futur, c'est-à-dire un esprit qui ne se trouve pas dans la projection, qui ne vit pas d’images, de concepts, d’expériences, mais qui choisit de vivre la réalité sensible et sensorielle de l’existence, il faut comprendre comment cet esprit s’identifie au temps, car toute l’image, toute la conscience construit en permanence le temps.



Pour cela rien ne vaut quelques petits exercices :

Fermez les yeux et essayez de sentir votre main, juste sentir, ne rien projeter, sentir la forme des doigts, leur volume, les sensations qui les habitent, tout ce que l’esprit peut percevoir juste par la sensibilité. Cela c’est la perception. 

Elle n’a lieu que dans le présent. On ne peut percevoir une réalité du passé ou de l’avenir, à moins d’être médium ou de passer par Dieu qui est au-delà du temps, mais cela c’est autre chose.

Un autre exercice, écoutez de la musique, l’enchainement des sons, l’harmonie etc, sans rien projeter. Là encore c’est l’esprit qui perçoit ce à quoi il est attentif, ça passe par les sens, on ne perçoit que le présent.

Ne vous contentez pas de lire et de comprendre, expérimentez-le et voyez ce que je veux dire.

Maintenant après avoir expérimenté la perception directe de votre main (ou d’autre chose), essayez de vous souvenir ce que vous aviez perçu lorsque vous étiez attentif à votre main. La totalité de ce que vous vous rappelez, c’est ce que votre conscience a conservé, c'est-à-dire l’image qu’elle a créée de l’évènement. Cette image n’est plus l’évènement, l’expérimentation, elle est une image du passé. Mais si elle devient la référence de votre main, c'est-à-dire si vous dites, « ma main est comme cela » en vous référant à cette image, vous ne vivez plus la réalité de votre main, vous vivez sur une cristallisation du passé. 

Et c’est la somme de toutes les prises de conscience et images que nous mettons bout à bout et que nous fixons d’instant en instant qui crée la perception du temps. Si vous restez présent à votre main et à tout le reste sans vous préoccuper des prises de conscience et sans vous attacher aux images créées, l’esprit ne construit plus le temps, vous êtes dans un présent perpétuel, il n’y a qu’une réalité. C’est simple à comprendre, mais il faut s’en rendre compte dans les faits. L’esprit cesse alors de s’identifier, de chercher, de s’attacher à l’image, aux souvenirs, à ce qui lui a procuré du plaisir. Il vit uniquement dans la perception du réel.

Il faut comprendre que la tension liée à l’image est elle-même souffrance, car elle coupe l’énergie et fini par la bloquer complètement. La vie, les émotions, les sensations, sont alors en vide. Et pour combler ce vide l’esprit est obligé de créer toutes sortes d’artifices, dans l’exaltation et la dépression, une sorte de mensonge et un jeu que l’on finit par se créer mais qui au final nous fait perdre la vie elle-même. C’est toute la complexité du moi et du bruit de l’esprit que chacun cherche à résoudre de mille manières. Mais à la base c’est uniquement parce que nous avons fini par prendre l’image pour la réalité elle-même, qu’on s’attache au temps. Comprendre et voir le mécanisme de création du temps suffit pour nous en libérer et ne vivre que dans l’instant.

Jean-Michel Jutge


mardi 12 juin 2018

Amour et relation



L’amour est bien souvent absent des relations humaines. Les êtres humains relationnent par projection de leurs pensées, des sentiments, des désirs, des peurs, des idées préconçues, des connaissances, des intérêts, de l'expérience, de l'image des autres, du monde et de soi. Lorsque l'amour est là, l'autre est vécu comme une partie de nous-même. Ce ne peut être qu'un évènement vécu dans l'instant avec quelqu'un de présent à notre âme. Dans ce cas-là l'amour lie les âmes.

Mais cet amour crée en même temps une empreinte dans l'esprit, le corps, les énergies et les émotions, avec d'autant plus de force que l'amour est profond. Cette empreinte peut rester longtemps avec la même impression que l'autre est une partie de nous-même. Mais l'empreinte si elle n’est pas intégrée conditionne l'affect et est de nature narcissique. De plus, elle peut finir par tuer l'amour présent qui nécessite une relation toujours neuve, et il ne reste plus alors que les sentiments.

Approfondissons la question. La plupart des individus se vivent séparés de l’autre. Et chaque fois que l’on se vit ainsi, cela dénote de notre isolement intérieur et notre absence d’amour. Nous ne parlons pas ici des sentiments qui sont autre chose.

Dans cette situation la relation est de projection. Et plus nous sommes séparés, plus nous sommes hermétiques, cristallisés. La cristallisation est le résultat de l’ego et de l’expérience, l’attachement au passé, à soi et à l’image.

Inversement, l’ouverture accepte l’autre en nous, accepte le monde, que cette acceptation soit douloureuse ou plénière, car l’ouverture rend vulnérable. Et l’ouverture n’accepte pas l’univers seulement sur le plan de la conscience. Car nous ne sommes pas que des êtres de conscience. Nous sommes un corps physique, nous sommes vivants, doués de conscience et d’esprit, et par surcroit habités par l’âme, même si celle-ci est peu développée ou existante seulement potentiellement. Tout cela fait que dans l’ouverture nous acceptons l’univers à travers nos différents aspects et tous ces aspects peuvent en garder une trace, physique, énergétique, sensorielle, émotionnelle, psychologique, animique… 

En fait la relation nous construit sur tous les plans. Et la relation avec l’autre, vécue dans l’amour, nous construit tout autant sur tous les plans. Ce sont simplement différents niveaux de profondeur, l’image n’étant que le niveau le plus superficiel et personnel. Lorsque ces traces ne sont pas naturellement ou de manière volontaire intégrées, elles forment un voile qui est conditionnement du corps, de la chair, du vital, de l’émotionnel, de la psyché, et cela forme notre nature psychoaffective. Ainsi, une nature psychoaffective non intégrée est toujours de nature narcissique, car elle ne voit plus l’autre, elle ne voit qu’elle-même, et elle voit l’autre à travers elle-même.

Voyons cela sous une autre facette. L'amour dont on parle n'existe que dans la relation, quel que soit l'objet de cette relation. L'amour peut naître aussi de la relation avec l'Absolu, et la vie elle-même. Lorsqu'il y a relation, et que celle-ci s'achève, ce qui reste c'est l'image, le souvenir du vécu. L'amour, lui, est toujours neuf. Sinon ce ne serait pas l'amour. Nous pouvons vivre perpétuellement en situation d'amour, mais pour cela il faut être libre de l'image. Le cœur est alors ouvert, il est en chaque chose, et chaque acte passe par l'amour.



L'amour vient de l'âme, il peut donc transcender l'espace, et les âmes peuvent rester en unité même dans l’éloignement. L'amour qui résulte de l'unité des âmes n'est qu'une particularité de l'amour. Lorsque cette unité est dynamique et jusqu'à ce qu'elle soit rompue, l’extase de l’amour s'intensifie de manière exponentielle et l’on devient l’autre dans une magie existentielle qui n’a d’égale que dans l’unité avec Dieu.

Mais pour un couple où l'amour est focalisé sur l’autre se rajoute l'attraction, le plaisir, le désir et plein d'autres choses. Tout cela forme un amalgame avec des conséquences diverses.

Prendre conscience de tout cela ne détruit pas la relation mais peut lui donner une autre qualité.

Si nous étions tous en relation par l’amour et par nos âmes, il n’y aurait plus de problème en ce monde, et chacun vivrait l’autre en lui-même. L’existence serait une joie immense pour tout le monde, on voit très bien qu’on en est loin.

En ce qui concerne la conscience, elle porte tout ce que l’humanité a pu produire, du saint au criminel. Et lorsqu’on quitte l’identification au soi et qu’on plonge dans cette conscience, on peut tout y rencontrer. Car il n’y a qu’une seule conscience pour toute l’humanité, pour la nature, pour la création, bien qu’elle forme toutes sortes d’égrégores auxquels nous pouvons nous rattacher et qui constituent aussi l’histoire du monde. 

Par exemple si je me dis français et que je suis patriote, je fais le choix de me rattacher à cet égrégore là en particulier et de me laisser alimenter par lui avec toutes les formes consciences qu’il véhicule, auxquelles j’adhère ou non dans ma liberté. Cela fonctionne de la même manière pour le terroriste qui fait le choix de s’identifier à une idéologie du crime, même s’il met d’autres mots dessus. Donc effectivement nous portons tout en potentiel, mais nous avons la liberté d’accepter ou de rejeter ce à quoi l’on peut s’identifier, donc de laisser pénétrer ou non une conscience, une idéologie, une pensée, un système etc. auquel on va s’identifier. 

Ceci, c’est la manière dont fonctionne la conscience, car ce dont je parlais précédemment est autre chose, l’amour et l’unité des âmes. S’ouvrir au monde c’est s’ouvrir à l’humain, au réel, il ne s’agit pas d’adhérer ou de s’identifier à quoi que ce soit ou qui que ce soit. Malheureusement on confond trop souvent l’humain, et le fait que cet humain s’identifie à un système corrompu. Le problème n’est pas l’humain mais bien l’identification. Si l’on veut régler les problèmes du monde, cela ne peut se faire qu’en modifiant cette nature, il n’y a pas d’alternative. Et on ne peut commencer que par soi.

Jean-Michel Jutge


samedi 5 mai 2018

La colère



La colère est une énergie mais qui est bloquée. Elle est d’ailleurs de la même nature que celle de la peur, mais elle fonctionne de manière différente.

Généralement, nous avons deux attitudes face à la colère, soit nous la projetons sur quelqu’un jusqu’à se mettre en colère, ce qui libère l’énergie mais au détriment de quelqu’un d’autre. Soit nous la refoulons, mais là c’est nous qu’elle détruit, parfois jusqu’à créer une maladie. La projeter sur quelqu’un peut résoudre le problème de la colère, mais ce n’est que temporairement, car dans ce cas les causes ne sont jamais résolues et peuvent même se renforcer. Et l’énergie finit toujours par se cristalliser, jusqu’à ce qu’elle se manifeste de nouveau dans la colère, ou dans la peur selon les tempéraments.

En général elle est bloquée car nous vivons avec des structures psychologiques cristallisées. Sur le plan de la conscience c'est l'ego, les idées et images auxquelles nous adhérons et nous identifions qui créent cette cristallisation, avec toutes les chaines de conscience associées. Pour un travail de fond et pour s'en libérer définitivement, on ne peut pas dissocier la colère du reste de soi, tout est lié.

Donc la meilleure manière de résoudre définitivement la colère et de mettre fin à sa propre violence, est de comprendre toute la structure qui se trouve derrière elle, désirs, frustrations, orgueil, blessures, idéaux etc. ce qui participe là encore d’un travail de connaissance de soi.

Sur un travail ponctuel, il faut arriver à libérer l'énergie de la colère en en voyant la nature et en cherchant à la faire circuler. Mais il n'y a pas de recette magique, il faut appliquer le travail intérieur jusqu'à en avoir l'intelligence dans la spontanéité et à ce que notre nature change.

Jean-Michel Jutge

dimanche 25 mars 2018

Bouddhisme, Védanta et Lumière Christique


La non-dualité fait en général référence à l’unité intérieure. Celle-ci peut être réalisée de différentes manières.

Dans le bouddhisme par exemple, on parle de l’extinction du soi, c'est-à-dire à travers la méditation l’esprit se dépouille de tout ce qui l’encombre, le soi y compris. Comme c’est le soi qui est en conflit, duel, et la cause de la séparation d’avec le monde, son extinction met fin à la dualité. Mais il y a différentes étapes dans ce processus. En cours de route l’esprit peut perdre son identification, c’est le premier stade de l’éveil. 

Le soi n’a pas disparu mais nous ne vivons plus par lui mais par le cœur. Le 2eme stade, lorsque le soi n’est plus là, conclue l’unité de l’âme et de l’esprit, bien que l’âme ne soit pas forcement perçue dans son essence propre. Et le 3eme stade de l’éveil est l’établissement du corps glorieux, c'est-à-dire que vient se rajouter dans cette unité celle du corps vital, toutes les énergies de vie qui nous habitent. Probablement que les choses ne s’arrêtent pas là et que le corps physique puisse ultérieurement rejoindre cette unité, mais je ne connais personne ayant réalisé cela par la voie du Bouddha. La caractéristique de cette voie est qu’elle passe essentiellement par l’esprit.

Dans le Védanta par exemple, l’unité passe par la réalisation du soi. C’est exactement la démarche inverse de celle du bouddhisme qui cherche à se libérer de l’illusion du soi. Là au contraire on cherche à le comprendre, le connaître au plus profond de sa nature, jusqu’à aller dans son essence. Alors la conscience individuelle se fond dans le tout, la conscience totale. La dualité intérieure se résout car le soi devient lui-même universel, je suis tout et tout est moi. Concrètement il se produit une unité entre l’âme et la conscience, qui fait que le soi demeure établi dans l’âme, le cœur, en permanence.



Si l’on se réfère à la Lumière christique, comme dans la manifestation arésienne, le processus est encore différent. Le mécanisme vient de l’âme. Par exemple l’éveil de l’âme transforme et transfigure indifféremment le corps, les énergies, l’esprit et son contenu, pour leur donner une qualité divine. En chemin nous pouvons rencontrer les mécanismes d’unité précédents, mais à long terme c’est une unité totale du corps, de l’esprit et de l’âme à laquelle nous assistons. 

Une vie d’homme suffirait tout juste à réaliser cette unité-là, en considérant que nous y travaillions quotidiennement et de manière correcte. Mais elle implique aussi d’entraîner son environnement, sous peine de vite se retrouver submergé par les forces contraires qui s’opposeront à cet éveil là. Forces contraires qui de toute manière agissent en permanence sur nous, ce sont celles-là même qui nous rendent mortel. Il n’y a donc qu’une poignée d’humains qui a vécu cette transcendance, et encore pour la plupart il leur aura fallu quitter ce monde.

Mais avec l’avènement de la Lumière de Grâce, c’est un outil supplémentaire que Dieu a mis à notre disposition, et sa proposition est bien de réaliser cette unité tout en restant en ce monde, ce qu’il a appelé la Transdivinisation.

Jean-Michel Jutge


mercredi 25 octobre 2017

Véhicule d' éternité



Je vais reprendre la question de l’âme, qui est très importante, car finalement il s’agit de notre véhicule d’éternité, et s’il n’y avait pas l’âme, nous ne serions guère plus que des animaux doués de conscience dont la seule préoccupation serait la sécurité, le plaisir et la domination, quitte pour cela à détruire sans intelligence les autres et le monde pour y arriver. Prendre la mesure de ce fait nous fait prendre conscience de l’importance de développer son âme, pas seulement pour soi, mais aussi pour l’humanité, pour sa survie, pour sa croissance spirituelle qui est la seule alternative au chaos du monde, et inviter tous ceux qui le peuvent à faire de même.

L’âme ne naît pas d’une personnalité ou d’une vie antérieure. Elle naît et elle croit en parallèle au développement du corps qui est le creuset à la fois du développement de l’âme, mais aussi de l’esprit, de la conscience et de nos énergies. Le corps est le creuset, sans lui rien ne serait possible. L’être humain est le point de rencontre de tous ces éléments qui, pris individuellement, existent dans tout l’univers et dans leurs propres natures, mais qui trouvent dans l’être humain la conjonction nécessaire à une alchimie qui implique à la fois la vie et l’existence divine. Les possibilités de développement sont immenses.

Nous en sommes bien loin. Et il est très difficile pour un être humain de développer ces possibilités indépendamment de l’environnement et des autres, tellement nous sommes tous liés, à la fois dans nos chaos, mais aussi dans nos existences psychologique, et éventuellement spirituelles. A ce titre nous subissons toutes sortes d’influences, positives et négatives, et nous portons toutes sortes de choses, intérieurement parlant, que nous avons hérité des autres et de l’environnement, sans s’apercevoir que tout cela n’est qu’un bagage que nous avons hérité, et auquel nous nous identifions dans la construction du moi. On pourrait même dire que le moi tout entier, cette partie de soi que nous chérissons le plus et à laquelle nous accordons le plus d’attention, ne constitue qu’un héritage, celui de nos expériences, celui de la conscience collective, celui de nos plaisirs et de nos besoins.

Le moi et l’âme sont antinomiques. Pourtant, sans le moi, pas de construction de l’âme. D’une part parce que c’est le moi qui décide, qui pose les choix dans la volonté, celle de faire ou de ne pas faire. Les choix dans la matérialité, dans la spiritualité, et dans tout le reste. Et c’est lui aussi qui décide d’aller vers l’âme, le Divin ou toute autre forme de développement intérieur. Et c’est lui qui dans sa conscience reconnaîtra ses propres limites et la nécessité d’être résolu dans sa nature. C’est le moi qui décide, du moins dans la première démarche, tant que l’esprit restera identifié. Car l’esprit dans cette identification obéit au moi.

Tout ceci passe par toutes sortes de prises de conscience, mais au final ce sera le pouvoir créateur de l’âme qui agira, car le moi aura su la reconnaître et s’y placer correctement pour en recevoir l’amour, celui qui est nécessaire à tout croissance, et que nous portons tout au fond de nous. Ce qui veut dire aussi commencer par s’aimer soi-même quels que soient nos qualités ou nos défauts. Et on ne peut aimer l’autre si on ne s’aime soi-même. Il ne s’agit pas de narcissisme bien entendu. Le narcissisme est un amour de soi porté en exaltation, il ne mène qu’à la flatterie, l’illusion d’exister, un jeu que les egos entretiennent entre eux pour masquer le vide de l’existence.

Donc l’amour est au centre. Sans l’amour il n’y a rien, et rien n’est possible. Oh combien nous sommes vides de cet amour, et oh combien nous en avons besoin. Et nous en avons d’autant besoin, nous en sommes d’autant vides que nous le réclamons. Sans s’apercevoir que même l’amour doit partir de soi. L‘amour que nous réclamons n’est en fait que l’amour que nous portons mais que nous sommes incapables d’exprimer. Il nous empêche même de recevoir celui de l’autre, qui existe dans l’inconnu, car l’amour est toujours quelque chose de neuf et de vivant. Dès que nous le connaissons il devient sentiment, pensée, plaisir, une image de l’amour qui n’existe plus que dans le moi, et nous revoilà dans l’auto-exaltation et le narcissisme.

Se rendre compte de tout cela est connaissance de soi et des mécanismes internes de la psyché, de notre nature si complexe qu’elle en arrive parfois à nous étouffer complètement. On voit aisément qu’au milieu de tout cela l’âme peut avoir bien du mal à poindre, ou ne serait-ce qu’à trouver un mode d’expression. Dans ce cas il nous reste malgré tout  l’art, une création humaine qui nous permet d’exprimer notre créativité, et dans la créativité se trouve une porte qui nous permet de toucher à l’âme. « L’art est sacré » m’avait dit un jour Jésus. A ce titre chacun devrait pouvoir trouver un art et une créativité lui permettant d’entrouvrir cette porte de l’âme.

Jean-Michel Jutge


samedi 9 septembre 2017

Esprit, Âme et conscience



Comprendre ce que peuvent être l’esprit, l’âme et la conscience dans leurs différences ne peut être qu’expérimental. Il faut voir, et non pas seulement comprendre. Habituellement et pour ce qui constitue la nature humaine, celui qui parle en nous, qui décide, qui pose les actes, qui pense, qui choisit etc, est ce qu’on appelle le « je », un produit de l’esprit, créé par l’esprit et auquel l’esprit s’identifie. Ce « je » c’est toute la conscience de soi, l’expérience, l’image. Il fonctionne à partir de l’ego, mais aussi à partir des sentiments, des désirs, des impressions, de ses conditionnements, ses projections, et aussi ses peurs, etc., la liste peut être longue. 

C’est tout un ensemble structurel avec lequel nous ne naissons pas, mais qui se construit par la suite et tout au long de la vie. Et ceci constitue ce à quoi nous nous identifions lorsque nous disons « moi ». Nous pouvons facilement nous rendre compte que ce moi est totalement arbitraire. Il s’est construit de manière circonstancielle. Il constitue l’illusion du soi. Ce qui s’identifie c’est toujours l’esprit. Libérez-vous de cela, vous redevenez l’humain que vous étiez à votre naissance, enfin, pas tout à fait, car vous avez gagné en lucidité et d’autres choses encore.

L’âme fait partie de l’humain. Le moi fait partie de la conscience, mais la partie de la conscience non intégrée, celle qui est restée infantile, qui fonctionne sur l’affect. On peut donc dire que le moi n’est que la partie de soi qui doit encore grandir et devenir adulte. Mais la plupart des individus sont restés de différentes manières bloqués sur cette partie. La proposition spirituelle consiste souvent à remettre en marche le processus d’intégration afin de devenir parfaitement adulte. Beaucoup s’arrêtent là, ce qui est déjà bien, et ça n’implique pas l’âme ni forcement le Divin. Cette démarche ne concerne que l’esprit et son contenu en tant que conscience.

L’âme est quelque chose de fragile, tant qu’elle n’a pas pris son envol, c'est-à-dire tant que nous ne sommes pas elle. Devenir elle, cela veut dire se fondre, s’unifier à l’âme en esprit et en conscience. Il n’y a qu’un pouvoir divin actif en soi qui peut permettre cela, ou un éveil de l’âme elle-même. Et l’esprit ne le peux que s’il a reconnu l’existence de l’âme et que le soi décide de s’y perdre. Dans tous les cas la liberté est dans l’esprit.

Jean-Michel Jutge

samedi 6 mai 2017

Esprit et identification



Lorsque l’esprit n’est identifié à rien, ni à soi, ni à l’autre, ni à quoi que ce soit de l’existence, que se passent-il ? Il ne s’attache à rien. Mais il reste pleinement sensible. 

Et rien en lui-même ne bloque son énergie, il est alors sensible à sa propre lumière, son propre mouvement. Dans cette perception ses actes sont libres, ses choix dirigés par l’amour, l’intelligence, la créativité ou la nécessité du moment. Qui plus est, il demeure en méditation, comme une flamme en son sein qui brûle sans s’éteindre et éclaire l’existence qui le traverse. 

Si la pensée est là, elle l’est sans identification, comme un rappel de l’expérience pour plus de créativité, mais l’esprit ne confond plus l’image et le réel. Il vit dans l’instant, comme il l’a toujours vécu, car c’est sa seule réalité. Mais ne s’identifiant plus à la mémoire et aux souvenirs il ne s’identifie plus non plus à la représentation du temps. Seul l’instant est perçu comme réel. Mais l’instant peut aussi révéler d’autres réalités que celles qui passent par les sens corporels. Le réel pour l’esprit possède sa propre profondeur, dans un inconnu permanent. La créativité s’exprime sur cet inconnu. Elle est génératrice d’énergie.

Comme on peut le voir, l’esprit vécu ainsi est toujours plein et en mouvement. Et même s’il est vide de tout mouvement, dans les profondeurs de la méditation, même ce silence et cette immobilité demeurent pleins.

Pour revenir sur la question, si vous observez bien, ce qui encombre l’esprit n’est jamais la totalité de soi. C’est quelque chose qui est dans un mouvement, qui apparaît et disparaît pour venir être remplacé par autre chose. Ainsi se succèdent en l’esprit tous les aspects et mouvement du moi, mais jamais tous en même temps, cela tourne de manière cyclique. En fait cela remonte du subconscient pour effleurer la surface sensible de l’esprit et replonger dans le subconscient, au gré de divers sollicitations. 

C’est un mouvement réflexe contre lequel nous ne pouvons pas grand-chose, et tous nos efforts pour le contenir ne font que le refouler et créer d’autres problèmes ailleurs. Mieux vaut alors laisser la pensée, et ses émotions sous-jacentes, libres de s’exprimer en l’esprit, mais nous pouvons apprendre à y être pleinement sensible, afin de les écouter, les comprendre, et se comprendre soi-même. Cette compréhension libère l’esprit, dans le sens que tout ce qui est vu entièrement ne montera plus à lui et ne viendra plus l’encombrer.

Cette approche telle que décrite ici n’est pas exhaustive, il en existe d’autres.

Jean-Michel Jutge

mercredi 11 janvier 2017

L' Amour


L’amour est essentiel dans la relation humaine, il en est le lien. Sans ce lien il n’y a pas de relation. Mais il ne s’agit pas ici de cet amour sentimental après lequel beaucoup courent, qui n'est que sensualité du cœur, bien qu'il peut avoir aussi sa part dans la vie. L’amour dont on parle est celui qui nous fait vivre l'autre comme soi-même, nous rend concerné par sa misère et sa prison, nous met en relation avec sa beauté, et nous sort totalement de l'égoïsme, solidaire de toute l'humanité. 

Il nous arrive de vivre cet amour, à de rares moments, lorsque nous sommes en unité avec l’autre, ou en unité avec la beauté de l’existence. Et lorsque cette unité disparaît nous prenons conscience de ce qu’elle a été, par contraste, il n’en reste plus qu’un parfum qui finit par s’étioler. Alors nous vivons de sentiments. Les sentiments sont à l’image de l’amour, mais comme tous les éléments du moi ils ne sont qu’un reflet du réel. Pour vivre le réel, nous devons sortir de l’image.

L’égoïsme c’est lorsque l’image a pris tellement d’importance qu’elle devient l’autorité. L’ego n’est rien d’autre que l’autorité de soi, celle qu’on s’impose et qu’on impose aux autres, légitimement et de manière totalement justifiée, sans se rendre compte que quoi que l’on fasse nous sommes toujours au centre. C’est cela la séparation. Tant qu’il y a un centre qui vit les choses, il y a séparation, il n’y a pas d’unité, donc pas d’amour, l’amour étant aussi la flamme qui naît de l’unité, de la communion et qui brûle sans que nous nous y attachions.

Mais la flamme ne brûle jamais autant que lorsqu'il y a unité entre deux êtres. Nous devenons alors l’autre, et si cette unité a lieu avec Dieu, nous devenons alors Dieu, le vivant dans notre propre âme. L’amour entre les hommes est à l’image de ce que peut être l’amour avec Dieu. L’âme est toujours concernée. Et si nous sommes capables de cela, c’est bien grâce à sa présence.

Tout se résout donc dans le moi. Jusqu'à ce que nous sortions du temps, et qu’il n’y ait plus de temps entre l’action, la création du soi, et son intégration. Ce qui constitue le mécanisme de mort intérieure sans lequel il ne peut y avoir de renouvellement.

Jean-Michel Jutge

mardi 26 juillet 2016

Identification au soi


Si nous étions tous reliés par l’amour et par nos âmes, il n’y aurait plus de problème en ce monde, et chacun vivrait l’autre en lui-même. L’existence serait une joie immense pour tout le monde, on voit très bien qu’on en est loin.

Pour ce qui est de la conscience, elle porte effectivement tout ce que l’humanité a pu produire, du saint au criminel. Et lorsqu’on quitte l’identification au soi et qu’on plonge dans cette conscience, on peut tout y rencontrer, tout ce que le monde, l’humanité et l’histoire ont pu produire. 

Car il n’y a qu’une seule conscience pour toute l’humanité, pour la nature, pour la création, bien qu’elle forme toutes sortes d’égrégores auxquels nous pouvons nous rattacher et qui constituent aussi l’histoire du monde. Par exemple si je me dis français et que je suis patriote, je fais le choix de me rattacher à cet égrégore en particulier et de me laisser alimenter par lui avec toutes les consciences qu’il véhicule auxquelles j’adhère ou non dans ma liberté. 

Cela fonctionne de la même manière pour le criminel qui s’appuie sur une idéologie pour justifier son crime, et que celle-ci soit politique, religieuse, nationaliste ou autre il s’agit toujours d’une identification. Donc effectivement nous portons tout en potentiel, mais nous avons la liberté d’accepter ou de rejeter ce à quoi l’on peut s’identifier, donc de laisser rentrer ou non une conscience, une idéologie, une pensée, un système etc. auquel nous pouvons nous identifier. Ceci est la manière dont fonctionne l’identité et la conscience, car ce dont je parlais précédemment, l’amour et l’unité des âmes, est autre chose et fait partie de l’humain.  

S’ouvrir au monde, c’est s’ouvrir à l’humain, au réel, il ne s’agit pas alors d’adhérer ou de s’identifier à quoi que ce soit ou qui que ce soit. Malheureusement on confond trop souvent l’humain, et le fait que cet humain s’identifie à un système corrompu. Le problème n’est pas l’humain mais bien l’identification. Si l’on veut régler le problème de la violence en ce monde, et beaucoup d’autres encore, cela ne peut se faire qu’en modifiant cette nature, il n’y a pas d’alternative. Et on ne peut commencer que par soi. 

Jean-Michel Jutge