
Le mot « éveil » a largement été usité par le bouddhisme, et sa vulgarisation nous vient principalement de là. Le Bouddha est souvent considéré comme « l'éveillé » par excellence. En fait, si l'on considère que son état est représentatif de l'éveil, alors il faut comprendre son sens et sa signification.
Mon approche du bouddhisme fut multiple et expérimentale, par le bouddhisme tibétain, le Zen, le bouddhisme Vipassana et d'autres encore. Mais je n'ai compris le sens de ce mot que par « l'initiation » du Bouddha lui-même qui par sa grâce se manifesta à moi à plusieurs reprises, révélant sa Gloire et prouvant par là-même qu'il ne s'est pas dissous dans un quelconque Nirvana existentiel. Ces manifestations révélèrent également que le Bouddha historique et le Bouddha actuel avaient peu à voir l'un avec l'autre, révélant ainsi un éveil évolutif sur les quelques millénaires qui nous séparent de son existence terrestre.

Par la suite de multiples Bouddhas et êtres célestes des mondes illuminés se présentèrent à moi afin de partager leur nature lumineuse, et toujours je découvrais le même esprit de lumière dans de multiples clartés et parfums, jusqu'au jour où le Divin lui-même me revêtit du manteau glorieux des bouddhas me prouvant par là-même qu'il n'était pas étranger à cette réalisation. Mais rien ne saurait s'arrêter-là, et si l'on peut me rencontrer sur ces plans, bouddha parmi les bouddhas, je ne suis qu'un bébé, et qui vous livre cela parce que je n'ai pas de secrets, que je ne répugne pas à parler de ce qui est expérimental et que je ne raconte pas d'histoire.
Pour autant et dans cette optique, me dire éveillé n'a guère de sens, car vous l'aurez peut-être compris, si l'on parle de la nature de l'esprit, faire cette distinction entre l'éveillé et le non-éveillé est une duperie intellectuelle. L'éveil étant la nature même de l'esprit, où commence t-il et où s'arrête-t-il ? Tous sont éveillés, et s'en rendre compte ne met pas à l'abri de la bêtise. Si j'éclate parfois de rire lorsqu'on me dit que je ne suis pas éveillé, je ris encore plus lorsqu'on me dit que je le suis. L'homme joue avec tout cela n'étant pas suffisamment sérieux, ou trop sérieux lorsqu'il faut en rire.

Approfondissons cet aspect. Parmi tous les états de la conscience, il existe en effet un état de la conscience différent de l'état habituel, où elle se vit comme n'étant qu'une émanation d'une conscience totale et commune à toute l'humanité, à tout ce qui est doué de conscience, certains découvrant que cela s'étend à l'univers, et j'affirme ici même au-delà. L'expérience, pour autant que l'on puisse employer ce mot, de l'unité de la conscience, manifeste en elle-même un état, un basculement de la perception de soi, une conscience qui a vu sa propre nature. Mais cet éveil-là est différent de l'éveil bouddhique, qui lui nous fait monter au-delà de la conscience dans l'espace vide et lumineux de l'esprit. Il me parait important de faire la distinction.
D'autres types d'éveil existent. J'ai déjà parlé de Ramalinga Vallalar, et son action envers le monde. Son éveil, et parce qu'il me le présenta ainsi, est celui du cœur, de l'expression de compassion par le Divin, dans le cœur de l'homme, à travers la Grande Lumière de Grâce, qui est purification et lumière pour l'esprit, amour pour le cœur, immortalité glorieuse pour le corps. Rien à voir avec ce qui a été dit précédemment. Une sorte d'éveil global et unitaire entre le corps, l'âme et l'esprit. Les quelques « initiations » qu'il me donna ne m'ont pas permis de le réaliser dans toute sa plénitude, mais suffisamment pour vous en livrer un avant goût.
Cette description des différents éveils n'est pas exhaustif, et nous aurons peut-être l'occasion d'en reparler.
Jean-Michel Jutge